11 novembre : Armistice 1918 et Soldat inconnu, histoire du jour férié
Le 11 novembre est le jour commémoratif le plus solennel du calendrier français. Il rappelle la fin de la Première Guerre mondiale, l'un des conflits les plus meurtriers de l'histoire de l'humanité, et rend hommage aux millions de soldats et civils morts pendant les quatre années de combat.
La formule "la onzième heure du onzième jour du onzième mois" est entrée dans la mémoire collective comme l'une des images les plus fortes de l'histoire contemporaine. À 11 heures précises le 11 novembre 1918, les canons se turent sur l'ensemble du front occidental après quatre années d'un conflit d'une violence sans précédent.
La Grande Guerre : un bilan humain inimaginable
Pour comprendre l'importance du 11 novembre dans le calendrier commémoratif français, il faut prendre la mesure du conflit qu'il marque. La Première Guerre mondiale (1914-1918) fut le premier conflit industriel total de l'histoire. Elle mobilisa des dizaines de millions de soldats sur plusieurs fronts et tua environ 20 millions de personnes, dont la moitié de civils.
En France, le bilan fut particulièrement lourd. Environ 1,4 million de soldats français moururent au combat ou des suites de leurs blessures. En comptant les victimes militaires et civiles dans leur ensemble, on estime à environ 2 millions le nombre de Français morts en lien direct avec la guerre. Dans un pays de 40 millions d'habitants en 1914, cela représente 5 % de la population totale.
Ces chiffres abstraits se traduisent de façon très concrète dans la géographie française : presque chaque famille fut touchée par un deuil. Presque chaque ville et village porte encore aujourd'hui, au centre de son espace public, un monument aux morts portant les noms des habitants "morts pour la France". Ces monuments, entre 30 000 et 36 000 selon les estimations, constituent l'un des patrimoines mémoriels les plus denses qui soient dans le monde.
Le 11 novembre 1918 : la signature de l'Armistice
L'armistice de novembre 1918 ne tomba pas du ciel. Il fut le résultat d'une longue dégradation de la situation militaire allemande à l'automne 1918. En septembre et octobre, les alliés de l'Allemagne capitulèrent les uns après les autres : la Bulgarie le 29 septembre, l'Empire ottoman le 30 octobre, l'Autriche-Hongrie le 3 novembre.
L'Allemagne elle-même était épuisée. L'échec de l'offensive du printemps 1918, l'arrivée massive des troupes américaines (environ 2 millions de soldats en France à l'été 1918) et le blocus naval avaient mis le pays à genoux. Des mutineries et des révolutions éclatèrent dans les villes allemandes.
Dans la nuit du 7 au 8 novembre, des négociateurs allemands traversèrent les lignes françaises en forêt de Compiègne, en direction d'un train stationné dans la clairière de Rethondes. C'est là, dans ce wagon, que les négociations se déroulèrent avec le maréchal Foch, commandant suprême des armées alliées.
L'armistice fut signé le 11 novembre 1918 à 5h15 du matin. Les termes étaient clairs : cessation immédiate des hostilités, retrait des troupes allemandes des territoires occupés, libération des prisonniers de guerre. La cessation effective des combats fut fixée à 11 heures du matin.
La "onzième heure du onzième jour du onzième mois" est à la fois une coïncidence remarquable et un choix délibéré de communication : la symétrie de la formule la rendait mémorable. À 11 heures précises, les cloches sonnèrent dans toute la France.
La question des morts du 11 novembre
Un détail troublant accompagne l'armistice : plusieurs milliers de soldats moururent le matin du 11 novembre 1918, entre la signature de l'armistice à 5h15 et son entrée en vigueur à 11h. Des offensives locales continuèrent pendant ces six heures, menées par des officiers qui voulaient s'emparer d'une dernière position stratégique, ou simplement parce que l'ordre de cessez-le-feu n'était pas encore parvenu à toutes les unités.
On estime que ce dernier matin du conflit fit plus de 10 000 morts et blessés, un bilan comparable à certaines grandes batailles de la guerre. L'Américain Henry Gunther est généralement considéré comme le dernier soldat tué lors de la Première Guerre mondiale, soixante secondes avant 11h, alors qu'il chargeait des positions allemandes. Les soldats allemands en face hésitèrent à tirer car ils savaient le cessez-le-feu imminent.
En France, la date de décès des soldats morts le 11 novembre fut antidatée au 10 novembre par les autorités militaires. Pour les autorités, il était symboliquement inacceptable de mourir le jour de la victoire.
Le Soldat inconnu : une décision fondatrice
Dès 1918, la France entreprit de commémorer ses morts et de construire une mémoire collective de la guerre. La décision la plus symbolique fut prise le 11 novembre 1920 : le corps d'un soldat non identifié fut inhumé sous l'Arc de Triomphe à Paris.
Ce soldat fut choisi parmi huit corps exhumés de différents secteurs du front : Flandres, Artois, Somme, Île-de-France, Chemin des Dames, Champagne, Verdun, Lorraine. Chacun représentait un théâtre d'opération différent. Un soldat rescapé, Auguste Thin, fut chargé de déposer un bouquet de fleurs sur le cercueil du soldat inconnu choisi pour représenter tous les soldats français morts pour la patrie.
La tombe du Soldat inconnu, sous l'Arc de Triomphe à Paris, est depuis lors le lieu central des cérémonies du 11 novembre. La flamme du souvenir, allumée en 1923, est ravivée chaque soir à 18h30 par des associations d'anciens combattants et de mémoire. C'est l'un des rituels les plus continus de la vie publique française.
Le Royaume-Uni fit de même le même jour, en inhumant un soldat inconnu dans l'abbaye de Westminster à Londres. Les États-Unis suivirent en 1921, au cimetière militaire d'Arlington. Cette pratique du "Soldat inconnu" se propagea dans de nombreux pays, créant une forme de commémoration universelle qui dépasse les frontières nationales.
La loi de 1922 et le statut de jour férié
La commémoration du 11 novembre est observée dès 1919, mais de façon discrète. La première cérémonie officielle eut lieu le 11 novembre 1920, lors de l'inhumation du Soldat inconnu.
C'est la loi du 24 octobre 1922 qui fixa définitivement le 11 novembre comme jour férié national en France, lui donnant le titre de "commémoration de la victoire et de la paix". Depuis 1922, chaque année, à Paris et dans toutes les communes de France, sont commémorés la victoire sur les Empires centraux et la fin des combats de la Grande Guerre.
Cette loi a traversé un siècle sans être fondamentalement remise en question, ce qui distingue le 11 novembre du 8 mai, dont le statut a connu plusieurs allers-retours. Le 11 novembre, symbole de la fin du conflit le plus meurtrier de l'histoire de France, bénéficiait d'un consensus mémoriel trop fort pour que quelque président que ce soit envisage de le toucher.
Les cérémonies du 11 novembre en France
La cérémonie nationale du 11 novembre se déroule à Paris selon un protocole précis. Le président de la République, qui porte à la boutonnière le Bleuet de France (fleur emblème des anciens combattants depuis 1935), remonte les Champs-Élysées escorté par la Garde républicaine. Il dépose une gerbe devant la statue de Georges Clemenceau, président du Conseil pendant la guerre et artisan de la victoire, puis une deuxième gerbe devant la tombe du Soldat inconnu, sous l'Arc de Triomphe. Il ravive ensuite la Flamme du Souvenir.
Dans les communes, la cérémonie rassemble devant les monuments aux morts les élus, les anciens combattants, les représentants des forces armées locales, les pompiers et souvent des classes d'école. La sonnerie "Aux morts" est jouée, la Marseillaise est chantée, et des gerbes sont déposées.
À 11 heures précises, des sirènes retentissent dans de nombreuses villes, marquant symboliquement le moment exact où les armes se turent en 1918.
L'extension aux morts pour la France en 2012
En 2012, la loi a étendu la portée commémorative du 11 novembre. Depuis lors, ce jour rend hommage à tous les "morts pour la France", et non seulement aux victimes de la Première Guerre mondiale. Cela inclut les soldats tombés lors de la Seconde Guerre mondiale, des guerres coloniales, des guerres d'Indochine et d'Algérie, et des opérations extérieures récentes dans lesquelles la France est engagée.
Cette extension répond à une demande ancienne des associations de vétérans des conflits post-1918, qui regrettaient que leur mémoire soit moins institutionnalisée que celle de 14-18. Elle permet également de donner au 11 novembre une signification vivante pour les générations actuelles, dans un contexte où les témoins directs de la Grande Guerre ont disparu depuis plusieurs décennies.
Le Bleuet de France et le Coquelicot britannique
La France et le Royaume-Uni ont chacun leur fleur de commémoration pour le 11 novembre. Les Britanniques portent le coquelicot (poppy), fleur qui pousse dans les champs de bataille de Flandres et qui symbolise le sang versé. Les Français portent le bleuet, fleur évoquant les uniformes bleu horizon des soldats français de 14-18.
Ces deux traditions florales illustrent comment des peuples qui ont combattu côte à côte ont développé des formes commémoratives parallèles mais distinctes, enracinées dans leur propre culture et leur propre rapport à cette guerre.
Le 11 novembre est-il férié dans d'autres pays ?
Le 11 novembre est jour férié dans plusieurs pays, mais pas tous. En France, en Belgique, au Canada (où c'est le "Jour du Souvenir"), et dans quelques autres pays, le 11 novembre est chômé. En Allemagne, il ne l'est pas, bien que des cérémonies commémoratives aient lieu. Au Royaume-Uni, la commémoration principale a lieu le deuxième dimanche de novembre (Remembrance Sunday), et le 11 novembre lui-même n'est pas nécessairement chômé.
Ces différences reflètent les façons dont chaque pays a vécu la guerre et géré sa mémoire. Pour la France et la Belgique, deux pays dont le territoire a été le principal théâtre des combats, maintenir le 11 novembre férié est une évidence mémorielle et culturelle.
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Sources : Loi du 24 octobre 1922 ; Éduscol, Ministère de l'Éducation nationale ; Encyclopédie Universalis ; Wikipedia (Armistice du 11 novembre 1918).