14 juillet : Fête Nationale française, Bastille et défilé militaire

Le 14 juillet est la fête nationale de la France. C'est le seul jour férié du calendrier français à porter explicitement une dimension politique et civique, au-delà de tout héritage religieux. Il est le symbole de la République, de la Révolution, et d'une certaine idée de la liberté conquise contre l'arbitraire du pouvoir absolu.

Chaque année, la journée est marquée par des cérémonies officielles à Paris, notamment le défilé militaire des Champs-Élysées et le discours du président de la République, et par des festivités populaires partout en France : bals des pompiers la veille, feux d'artifice le soir du 14, fanfares dans les villes, pique-niques dans les parcs.

Le 14 juillet 1789 : ce qui s'est passé

Pour comprendre pourquoi la France célèbre le 14 juillet, il faut revenir à l'été 1789. La France est alors dans une crise grave. Le peuple est excédé par la cherté du pain, par la disette, et par l'attitude du roi Louis XVI face à la crise financière du royaume. La convocation des États généraux en mai 1789 avait ouvert des espoirs de réforme, mais le Tiers État, représentant 97 % de la population, se heurtait au blocage des deux ordres privilégiés (le clergé et la noblesse).

Le 9 juillet, le Tiers État s'était autoproclamé Assemblée nationale constituante, première rupture institutionnelle majeure. Louis XVI, pris de peur, menaça de dissoudre l'Assemblée et concentra des troupes autour de Paris et de Versailles. Puis, le 11 juillet, il renvoya son populaire ministre des Finances Jacques Necker, perçu comme un modéré favorable aux réformes.

Ce renvoi fut l'étincelle. La foule parisienne, excédée, commença à s'organiser. Le 12 juillet, des manifestations eurent lieu aux Tuileries. Le 13, des comités de citoyens se formèrent, et des armes furent saisies aux Invalides.

Le 14 juillet au matin, quelques milliers de personnes en colère se dirigèrent vers la Bastille, forteresse médiévale servant de prison royale et symbole de l'arbitraire royal. Une lettre de cachet signée par le roi suffisait à envoyer n'importe quel individu au cachot de la Bastille sans jugement.

La garnison de la forteresse, paniquée et mal commandée, fit feu sur les émeutiers avant d'être elle-même submergée. Le gouverneur de Launay fut capturé et décapité, sa tête brandie au bout d'une pique. La Bastille était prise. La nouvelle se répandit dans tout Paris et dans le reste du pays. Le roi n'osa pas réprimer ce mouvement populaire.

Quand on dit "prise de la Bastille", il faut préciser que la forteresse était peu peuplée ce jour-là : elle ne comptait que sept prisonniers, dont plusieurs enfermés pour folie ou libertinage. La victoire était donc surtout symbolique et politique, pas militaire. Mais c'est précisément ce symbolisme qui compte : le peuple avait osé affronter le pouvoir royal et en était sorti vainqueur.

La Fête de la Fédération du 14 juillet 1790

Un an après la prise de la Bastille, le 14 juillet 1790, une cérémonie monumentale fut organisée sur le Champ-de-Mars à Paris. C'est la Fête de la Fédération, qui rassembla des délégués venus de toutes les régions de France, des représentants de l'Assemblée nationale et le roi Louis XVI lui-même.

Tous prêtèrent serment à la Constitution, à la Nation et à la Loi. Ce moment fut présenté comme une réconciliation nationale, une refondation du lien entre le roi, le peuple et ses représentants. On estime que 300 000 personnes étaient présentes ce jour-là sur le Champ-de-Mars.

Cette Fête de la Fédération est importante pour comprendre pourquoi le 14 juillet est la date choisie comme fête nationale et non, par exemple, le 26 août (date de la Déclaration des Droits de l'Homme) ou le 4 août (abolition des privilèges). La date du 14 juillet est bicéphale : elle renvoie simultanément à la prise de la Bastille de 1789 et à la Fête de la Fédération de 1790. Le premier événement est violent et populaire, le second est réconciliateur et institutionnel. Cette double référence permet à la date de rassembler des Français aux sensibilités politiques différentes.

La loi Raspail de 1880

La Troisième République choisit officiellement le 14 juillet comme fête nationale par la loi du 6 juillet 1880, dite "loi Raspail". La formule adoptée par le législateur est remarquable par sa sobriété délibérée : "La République adopte le 14 Juillet comme jour de fête nationale annuelle." La loi ne précise pas quel événement est commémoré, laissant ouverte l'interprétation entre 1789 et 1790.

Ce choix politique de la Troisième République est significatif. La République venait de s'installer définitivement après les années de crise de l'Ordre moral et la tentative des monarchistes de restaurer la royauté. Choisir le 14 juillet, c'était ancrer la République dans la continuité de la Révolution française et s'opposer symboliquement aux tenants d'une France monarchique et catholique.

La date est déclarée chômée dès 1880. C'est l'un des premiers jours fériés civils du calendrier français, qui était alors dominé par les fêtes religieuses inscrites par le Concordat de 1801.

Le défilé militaire des Champs-Élysées

Le défilé militaire du 14 juillet sur les Champs-Élysées est l'un des événements les plus regardés à la télévision française chaque année. Il réunit des dizaines de milliers de spectateurs sur place et plusieurs millions de téléspectateurs.

Le défilé actuel a pris sa forme contemporaine progressive. Il se déroule depuis 1918 dans sa version post-guerre, initialement au départ de la porte Maillot en 1919 pour la première grande commémoration après l'armistice. Le format actuel, partant de l'Arc de Triomphe et descendant les Champs-Élysées, s'est stabilisé au cours du XXe siècle.

Les forces armées françaises (armée de terre, marine nationale, armée de l'air et de l'espace, gendarmerie nationale) défilent à pied, à cheval, en véhicules blindés et en avions. La Patrouille de France, l'équipe acrobatique de l'armée de l'air, trace généralement des fumées tricolores dans le ciel au moment le plus attendu.

Certaines années, des contingents étrangers défilent aux côtés des soldats français. Cette tradition d'inviter des alliés à participer au défilé a une valeur diplomatique forte : c'est une façon de manifester publiquement les liens entre la France et ses partenaires.

Les bals des pompiers et les feux d'artifice

Pour la majorité des Français, le 14 juillet, c'est d'abord les bals des pompiers et les feux d'artifice. Les bals des pompiers, organisés dans les casernes des services départementaux d'incendie et de secours, ont lieu la veille et/ou le soir du 14 juillet. Ce sont des fêtes populaires ouvertes à tous, gratuites, qui rassemblent familles et voisins dans une atmosphère détendue.

Les feux d'artifice sont tirés dans la quasi-totalité des communes françaises le soir du 14 juillet, avec quelques nuances selon la taille des villes. À Paris, le feu d'artifice tiré depuis la Tour Eiffel est l'un des spectacles pyrotechniques les plus regardés en France.

Ces traditions populaires, loin de tout protocole officiel, sont peut-être ce qui assure la longévité de la fête nationale dans les habitudes collectives. Le 14 juillet n'est pas seulement une date cérémonielle : c'est aussi une fête de quartier.

Un jour férié qui divise

Contrairement à des jours comme le 1er novembre ou le 11 novembre, le 14 juillet ne fait pas l'objet d'un consensus unanime dans la société française. Il est la fête de la République, et comme toute référence à la Révolution française, il porte en lui des lignes de fracture historiques.

La Révolution française a été à la fois un moment de libération politique et un moment de violence extrême. La Terreur de 1793-1794, les exécutions de masse, la Vendée : ces épisodes ne peuvent être effacés de la mémoire collective. Pour une partie des Français, catholiques ou de tradition royaliste, le 14 juillet célèbre aussi des événements qui ont conduit à des persécutions et à des destructions.

La République a fait le choix d'assumer cette complexité en choisissant une date bicéphale, celle qui pouvait à la fois être symbole de liberté populaire (1789) et de réconciliation nationale (1790). Ce n'est pas parfait, mais c'est l'un des équilibres les plus durables que la France ait trouvés pour se raconter à elle-même.

Le 14 juillet et la laïcité

Parmi les onze jours fériés légaux français, le 14 juillet est le seul qui ne soit pas d'origine religieuse et qui n'ait pas de lien avec une commémoration militaire de type mémorial (contrairement au 8 mai et au 11 novembre). C'est une fête civique pure, qui célèbre un événement historique et les valeurs politiques qui en découlent.

Dans une France qui se définit comme une République laïque, c'est une dimension importante. Le 14 juillet rappelle que le droit à la liberté, à l'égalité et à la citoyenneté est une conquête politique, pas une grâce divine ou un don militaire.

Si le 14 juillet tombe un week-end

Comme tous les autres jours fériés français hors 1er mai, si le 14 juillet tombe un samedi ou un dimanche, il n'y a aucune compensation légale. Le jour est simplement perdu au sens calendaire du terme. Cette situation revient régulièrement, et chaque fois elle est source de commentaires déçus mais reste sans réponse légale.

Si le 14 juillet tombe un vendredi ou un lundi, les salariés bénéficient d'un week-end de trois jours, mais ce n'est pas un droit supplémentaire : c'est simplement le résultat de la coïncidence du calendrier avec le jour de la semaine.

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Sources : Loi Raspail du 6 juillet 1880 ; info.gouv.fr ; Encyclopédie Universalis ; Herodote.net.