8 mai 1945 : Victoire des Alliés, commémoration et histoire du jour férié
Le 8 mai est l'un des trois grands jours commémoratifs du calendrier français, avec le 14 juillet et le 11 novembre. Il marque la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe, officialisée par la capitulation sans condition de l'Allemagne nazie. C'est un jour chargé d'une mémoire collective particulièrement dense, d'autant plus que son statut de jour férié a connu une histoire administrative mouvementée, avec des suppressions et rétablissements successifs qui reflètent les tensions politiques françaises autour du devoir de mémoire.
Le 8 mai 1945 : ce qui s'est passé
La fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe ne s'est pas faite en un seul instant. Après plus de cinq années d'une guerre en Europe qui a coûté la vie à des dizaines de millions de personnes, les forces alliées pénétrèrent en Allemagne en février 1945. Les événements s'accélérèrent au printemps.
Le 30 avril 1945, Adolf Hitler se suicida dans son bunker de Berlin. Trois jours plus tard, les troupes nazies qui défendaient Berlin capitulèrent, le 2 mai. Dans la nuit du 6 au 7 mai, le général Alfred Jodl, chef d'état-major de la Wehrmacht, signa à Reims la capitulation sans condition de l'Allemagne. L'acte fixait la cessation des hostilités au 8 mai à 23h01.
Un second acte de capitulation fut signé à Berlin entre les commandements militaires allemands et alliés pour officialiser la reddition vis-à-vis des Soviétiques, qui exigeaient leur propre cérémonie. C'est cette seconde capitulation qui est officiellement commémorée en France.
Le 8 mai 1945 à 15 heures, le général Charles de Gaulle, chef du Gouvernement provisoire de la République française, prit la parole à la radio pour annoncer solennellement la victoire aux Français : "La guerre est gagnée. Voici la victoire. C'est la victoire des Nations Unies et c'est la victoire de la France." Au même instant, les cloches de toutes les églises de France sonnèrent à la volée, et la foule envahit les Champs-Élysées pour fêter une libération attendue depuis des années.
En Russie, en raison du décalage horaire, la victoire est célébrée le 9 mai, et non le 8. C'est pourquoi la Russie commémore sa "journée de la Victoire" un jour après la France et les pays occidentaux.
Un bilan humain qui justifie le devoir de mémoire
La Seconde Guerre mondiale est le conflit le plus meurtrier de l'histoire. Le nombre total de victimes est estimé entre 70 et 85 millions de personnes, dont une majorité de civils. En France, le conflit a fait environ 600 000 morts, entre les soldats tombés au combat, les victimes des bombardements, les déportés et les résistants fusillés.
Pour la France en particulier, la guerre a été vécue sous plusieurs formes successives : la défaite de juin 1940, l'armistice avec l'Allemagne et le régime de Vichy, l'Occupation, la Résistance, la déportation des juifs de France (environ 75 000 personnes, dont la majorité ne revint pas des camps), la Libération en 1944, et enfin la fin de la guerre en Europe en mai 1945.
Cette accumulation de traumatismes explique l'importance particulière du 8 mai dans la mémoire collective française. Ce n'est pas seulement la fête de la victoire militaire : c'est aussi le moment où s'achève une période de barbarie sans précédent et où la démocratie reprend ses droits en Europe.
L'histoire agitée du statut de jour férié
Le statut légal du 8 mai comme jour férié est l'un des plus compliqués de tout le calendrier français. Il a connu plusieurs allers-retours en l'espace de quelques décennies.
Dès 1946, la loi n° 46-934 du 7 mai 1946 institua la commémoration de la victoire le 8 mai ou le dimanche suivant. La France décidait ainsi de rendre hommage annuellement à la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe.
Il fallut attendre la loi du 20 mars 1953, dite loi Mignot, pour que l'Assemblée nationale fixe le 8 mai comme jour férié et chômé officiel. Les commémorations revêtirent alors un réel éclat de 1953 à 1958.
De Gaulle déplace la date
Avec l'arrivée de la Ve République, le président Charles de Gaulle, par décret du 11 avril 1959, fixa la commémoration de la fin de la Seconde Guerre mondiale au deuxième dimanche du mois de mai, précisant que seul le 8 mai 1965 serait exceptionnellement férié, pour le 20e anniversaire. L'objectif était de limiter le nombre de jours fériés en mai, déjà chargé avec le 1er mai et l'Ascension.
Cette décision fut contestée, mais elle s'appliqua. Pendant plusieurs années, les cérémonies eurent lieu le deuxième dimanche de mai, en dehors de la date anniversaire exacte.
Giscard supprime la commémoration
La décision la plus controversée fut prise par le président Valéry Giscard d'Estaing en 1975. Il annonça qu'il ne souhaitait plus commémorer officiellement l'anniversaire de la victoire de 1945, au titre de la réconciliation franco-allemande et de la relance de la construction européenne. Il proposa à la place une Journée de l'Europe le 9 mai, en référence à la déclaration Schuman de 1950.
La décision fut très mal reçue. Les associations d'anciens combattants protestèrent vivement. L'écrivain François Mauriac écrivit que "la France ne peut pas se permettre d'oublier ses morts pour épargner ses livres de comptes". La FNACA et l'UNC organisèrent des manifestations chaque année. En septembre 1975, Giscard alla plus loin en supprimant purement et simplement la commémoration officielle du 8 mai.
Le Sénat, à l'unanimité, vota en 1979 une proposition de loi rétablissant le 8 mai, à laquelle le gouvernement s'opposa. La question resta en suspens jusqu'à l'élection présidentielle de 1981.
Mitterrand rétablit définitivement le 8 mai férié
Dès son arrivée à l'Élysée, le nouveau président François Mitterrand rétablit le 8 mai comme date de commémoration et comme jour férié. La loi du 2 octobre 1981 inscrit définitivement le 8 mai dans le calendrier des jours fériés légaux, avec le caractère férié et chômé qu'il possède actuellement.
Depuis 1981, le 8 mai est l'un des onze jours fériés de l'année française et l'une des trois grandes commémorations nationales, avec le 11 novembre et le 14 juillet. Cette stabilité depuis plus de quarante ans semble avoir clos le débat, même si la question du nombre de jours fériés revient parfois dans les discussions économiques.
Les cérémonies du 8 mai
Chaque année, les cérémonies du 8 mai suivent un protocole établi. À Paris, le président de la République descend les Champs-Élysées accompagné d'officiels, dépose une gerbe au pied de la statue de Georges Clemenceau, puis ravive la Flamme du Souvenir sous l'Arc de Triomphe, devant la tombe du Soldat inconnu.
Partout en France, dans chaque commune, des cérémonies sont organisées devant les monuments aux morts. Les élus, les anciens combattants, les représentants des associations de mémoire, les forces armées locales et souvent des classes d'école se rassemblent. La Marseillaise est chantée, des gerbes sont déposées.
Si vous vivez en France un 8 mai, vous remarquez une atmosphère particulière : drapeaux tricolores déployés, monuments aux morts fleuris, anciens combattants en uniforme, Marseillaise diffusée sur toutes les places. C'est l'un des rares jours de l'année où la dimension civique du calendrier est palpable jusque dans les plus petits villages.
Le 8 mai est-il férié dans d'autres pays ?
Non, loin s'en faut. La France, la Slovaquie, la République tchèque ou encore la Russie (qui le célèbre le 9 mai) font du 8 mai un jour férié national. L'Allemagne, l'Italie, l'Espagne, les Pays-Bas ou le Royaume-Uni n'en ont pas fait un jour chômé. C'est une particularité forte du calendrier français.
Cette différence reflète des choix politiques et mémoriels différents. Certains pays ont préféré ne pas institutionnaliser ce jour, soit pour des raisons de réconciliation européenne, soit parce que la mémoire de la guerre occupe une place différente dans la conscience collective nationale.
La Belgique avait un temps férié le 8 mai pour les écoles et les administrations, mais le gouvernement belge décida en 1983 de supprimer ce jour férié pour des raisons économiques. Un mouvement de personnalités et d'associations continue d'appeler à son rétablissement.
Le 8 mai et le calendrier de mai
Sur le plan pratique, le 8 mai s'inscrit dans un mois de mai qui est le plus riche en jours fériés de toute l'année. Avec le 1er mai, l'Ascension (qui tombe toujours en mai ou début juin) et parfois le lundi de Pentecôte, mai peut concentrer jusqu'à quatre jours fériés selon les années.
Lorsque le 8 mai tombe un vendredi, comme en 2026, il offre un week-end de trois jours sans qu'aucun congé ne soit nécessaire. Et si l'Ascension tombe le jeudi de la semaine suivante, avec une seule journée de congé posée le lundi, on peut construire un enchaînement de jours fériés et de ponts qui donne jusqu'à sept ou neuf jours de repos consécutifs.
Si le 8 mai tombe un samedi ou un dimanche, aucune récupération n'est prévue par la loi. Comme tous les jours fériés français, à l'exception du 1er mai, il obéit à la règle générale : pas de compensation légale en cas de coïncidence avec le week-end.
Un jour de mémoire, pas seulement un jour de repos
Ce qui distingue le 8 mai du 1er janvier ou du 14 juillet, c'est l'intensité de sa charge mémorielle pour les générations qui ont connu la guerre ou dont les parents l'ont vécue. Aujourd'hui, cette génération s'efface, et la question de comment transmettre cette mémoire se pose de façon croissante dans les cérémonies elles-mêmes.
Les commémorations du centenaire de la Première Guerre mondiale (2014-2018) ont montré qu'il existe un intérêt réel pour l'histoire militaire et pour le devoir de mémoire chez les jeunes générations. Le 8 mai, avec sa dimension à la fois nationale et internationale, offre une occasion annuelle de ce travail de transmission.
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Sources : Loi n° 46-934 du 7 mai 1946 ; Loi n° 53-225 du 20 mars 1953 ; Loi du 2 octobre 1981 ; Assemblée nationale, archives ; Ville de Paris.